Sexisme et machisme en science – le cas de la généticienne britannique Fiona Ingleby

Les personnes qui ont déjà publié au moins un article dans une revue à comité de lecture savent très bien comment fonctionne le système du « peer review » ou ce qu’on appelle l’évaluation par les pairs. Ce système qui permet à des chercheurs de juger de façon critique les travaux d’autres chercheurs (leurs « pairs ») et de rédiger un rapport et souvent une série de corrections et de suggestions pour améliorer un manuscrit soumis pour publication. Le résultat de cette évaluation est ensuite soumis à l’éditeur qui décidera si le compte rendu d’un travail de recherche ou un manuscrit sera publié ou non. Le processus d’évaluation est souvent anonyme, ce qui signifie que l’auteur (ou les auteurs) ne connaît pas l’identité des chercheurs qui ont évalué son manuscrit.

Que serait votre réaction si vous êtes une femme et que vous recevrez un rapport dans lequel on peut lire:

« Il serait probablement bénéfique de trouver un ou deux biologistes masculins avec lesquels travailler (ou du moins d’obtenir d’eux qu’ils relisent l’étude ou, mieux encore, qu’ils en soient les actifs co-signataires) » [traduit par le journaliste Pierre Barthélémy]

C’est ce qui s’est passé avec Fiona Ingleby, une généticienne britannique qui travaille à l’université du Sussex et sa collègue Megan Head de l’Australian National University. C’est Fiona Ingleby elle-même qui a dévoilé cette histoire dans un Tweet du 29 avril (ci-après), qui a été repris par les internautes plus de 2 200 fois à ce jour.

Fiona Ingleby a été interviewée par le site web de Science et le site Internet Retraction Watch a publié un billet sur son sujet. Dans un message qu’elle a envoyé à Retraction Watch (ci-dessous), la revue PLOS ONE a regretté les propos de cet expert. De plus, selon son communiqué publié sur son site web le 1er mai, la revue a également envoyé cet article à un nouvel éditeur pour qu’il soit évalué auprès d’autres chercheurs. PLOS ONE a demandé de retirer le nom de cet expert de sa base de données. Cela signifie que la revue ne fera plus appel aux services de ce chercheur (relecteur) pour évaluer d’autres articles.

« PLOS regrets the tone, spirit and content of this particular review. We take peer review seriously and are diligently and expeditiously looking into this matter. The appeal is in process. PLOS allows Academic Editors autonomy in how they handle manuscripts, but we always follow up if concerns are raised at any stage of the process. Our appeals policy also means that any complaints of the review process can be fully addressed and the author given opportunity to have their paper re-reviewed. »

En France, le journaliste scientifique Pierre Barthélémy a publié un article dans Le Monde Science sur ce scandale qu’il a intitulé « La science aussi a son machisme ordinaire ».
L’auteur revient sur les faits et explique que « cette petite tempête » met en lumière « le sexisme latent de certains scientifiques ». Pierre Barthélémy avait publié en 2013 un article intitulé « de graves inégalités hommes-femmes dans la recherche mondiale » dans lequel il a discuté la parité et le sexisme en recherche.

 

Références [en anglais]

  1. Science – 1 May 2015 – « PLOS ONE ousts reviewer, editor after sexist peer-review storm » par Rachel Bernstein
  2. Retraction Watch – 29 April 2015 –  It’s a man’s world — for one peer reviewer, at least par Retraction Watch
  3. CBC Radio –  1 May 2015 –  Peer reviewer tells female biologists their study would be better if they worked with men
  4. Nature  – 1 May 2015 – Sexist review causes Twitter storm – Disparaging comments to female authors prompt more calls for double-blind refereeing.  Par Chris Woolston

 

Références [en Français]

  1. Blog Passeur des Sciences [Le Monde] – 3 May 2015 – La science aussi a son machisme ordinaire  par Pierre Barthélémy

Source de l’image: Science [http://news.sciencemag.org/scientific-community/2015/04/sexist-peer-review-elicits-furious-twitter-response].

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