Réponse à l’article de Pierre Barthélémy dans Le Monde sur PLOS ONE et l’affaire Fiona Ingleby.

Le 3 mai 2015, le journaliste scientifique Pierre Barthélémy a publié, sur le blogue Passeur de Sciences du journal Le Monde, un article intitulé « la science aussi a son machisme ordinaire » . Cet article a porté sur l’affaire de la généticienne britannique Fiona Ingleby qui a été victime d’un comportement sexiste d’un relecteur à la revue scientifique PLOS ONE (nous avons publié un billet sur ce scandale le 4 mai 2015).

L’article revient sur cette histoire d’évaluation par les pairs et critique les comportements machistes qui existent encore chez certains scientifiques. Sans doute les expressions employées par ce relecteur sont scandaleuses et représentent une insulte aux femmes scientifiques. La revue PLoS ONE a retiré le nom de ce relecteur de sa base de données d’experts.  Elle a demandé également une nouvelle évaluation de l’article de Dr Ingleby auprès d’autres chercheurs selon ce communiqué, publié le 1er mai sur le site Internet de la revue.

Le site français du projet Ethics & Integrity salue l’effort de Pierre Barthélémy qui a mis à la disposition des lecteurs en langue française des informations sur ce scandale, qui a été déjà publié, en anglais, par le sites Internet Retraction Watch et le site Web de Science.

Cependant, l’article de Pierre Barthélémy comporte quelques erreurs, ce qui révèle une méconnaissance totale ou partielle du processus de « peer review » de PLoS ONE:

  • Sur le nombre de relecteurs, l’auteur écrit:

« Une revue telle que PLoS ONE devrait par exemple confier un manuscrit à plus d’un relecteur »

En tant que relecteur pour cette revue, je tiens à préciser que pour tous les articles qui m’ont été transmis par les éditeurs  de PLOS ONE, le même article a été confié à deux autres experts. Cela signifie qu’un article soumis à PLOS ONE est évalué par trois relecteurs. Pierre Barthélémy aurait dû demander à PLOS ONE de lui donner plus de détails sur leur processus d’évaluation. Sa recommandation donne une impression qu’à PLOS ONE, un article est évalué par un seul relecteur.

  • Sur l’anonymat des auteurs, Pierre Barthélémy écrit:

« On peut aussi se demander si, de la même manière que les « reviewers » sont anonymes, les auteurs ne devraient pas le devenir également lorsque leur manuscrit est transmis aux relecteurs, ce qui éviterait de déplorables dérapages et assurerait un traitement égal aux chercheuses. »

Cette recommandation qu’on appelle « double-blinding peer review » révèle également une méconnaissance du processus du « peer review ». Dans le cadre de ce processus d’évaluation (ou « peer review »), le relecteur (ou l’expert) a besoin de faire une série de vérifications. Par exemple, si des conflits d’intérêt existent, si  un des co-auteurs est aussi un éditeur dans cette revue (ce que j’ai identifié un jour alors que les auteurs ont essayé de dissimuler), si ce même auteur a déjà publié le même travail dans une autre revue (fraude de duplication des publications), ou si cet auteur a commis dans le passé du plagiat ou d’autres types de fraude scientifique.  Sans oublier que souvent lorsqu’un chercheur soumit un article pour publication,  il se réfère dans ce même article à ces travaux antérieurs et à ses publications précédentes (qui sont donc publiquement accessibles dans les bases de données bibliographiques). Donc comment il serait possible de faire ces vérifications si l’auteur pourrait être anonyme.

Ce que Pierre Barthélémy ignore est que PLOS ONE, contrairement à d’autres revues, offre le choix aux relecteurs de divulguer leur nom ou de rester anonyme.  Traditionnellement, les rapports d’évaluation sont anonymes mais PLOS ONE encourage une gestion transparente du processus d’évaluation.

Je tiens à préciser qu’en prenant la défense de PLOS ONE sur ces deux points, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de dysfonctionnements dans le système de « peer review » à PLOS ONE. Il y a des violations très graves de l’éthique de la publication scientifique à cette revue que je publierai prochainement. Cependant, cela dépend des éditeurs et du respect qu’ils ont pour les règles d’évaluation et des guides de bonne conduite scientifique.

 

Seraya Maouche (@serayamaouche)
Fondatrice du projet Ethics & Integrity

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